Aller au contenu
L'immobilier avec exigence Prestige Lexique immobilier Contact
CETH Immobilier
Lexique

Arrhes : définition et différence avec l'acompte

Publié le 7 juin 2021 , 7 min de lecture

Versement d'arrhes lors d'une transaction immobilière avec avant-contrat

Quand on verse une somme avant la conclusion définitive d'une vente, deux régimes s'affrontent : les arrhes et l'acompte. Ces deux notions se ressemblent en surface (une avance d'argent, versée à la signature d'un avant-contrat), mais leur nature juridique est radicalement différente. Les arrhes représentent la liberté de changer d'avis, au prix d'une pénalité. L'acompte, lui, engage définitivement. C'est cet angle précis que cet article explore : comprendre les arrhes comme un mécanisme de rétractation réciproque, pas comme un simple versement anticipé.

Dans la pratique immobilière française, le terme arrhes est moins fréquent que dans la vente de biens de consommation, mais il reste utilisé dans certains avant-contrats, notamment pour des locations saisonnières ou des réservations. Connaître son fonctionnement évite de mauvaises surprises au moment de se retirer d'une transaction.

La définition juridique des arrhes

Les arrhes sont encadrées par le Code civil, qui précise que lorsqu'une somme est qualifiée d'arrhes, chacune des parties peut se rétracter de l'opération. La règle du jeu est symétrique mais dissymétrique dans ses conséquences : si c'est l'acheteur qui renonce, il perd les arrhes versées, sans pouvoir en réclamer le remboursement. Si c'est le vendeur qui renonce, il doit restituer le double des arrhes reçues.

Ce mécanisme de double restitution distingue les arrhes d'une simple pénalité unilatérale. Les deux parties acceptent dès le départ que l'une comme l'autre puisse sortir de la transaction, à condition d'en payer le prix. L'acheteur qui verse 5 000 € d'arrhes sur un bien à 250 000 € sait qu'il peut renoncer en laissant ces 5 000 € au vendeur. Le vendeur qui encaisse ces 5 000 € sait qu'il peut retirer le bien de la vente, mais devra alors en remettre 10 000 € à l'acheteur.

Arrhes et rétractation : qui peut en bénéficier ?

La liberté de rétractation attachée aux arrhes est totale : elle ne nécessite aucun motif, aucune justification. C'est précisément ce qui fait la singularité de ce mécanisme par rapport à l'acompte, qui implique un contrat de vente déjà conclu. Avec les arrhes, la vente n'est pas encore formée ; les deux parties se donnent une option réciproque, dont chacune peut user librement.

Point de vigilance

La qualification d'arrhes ou d'acompte dépend du contrat, pas de l'usage oral. Le Code civil précise que si l'avant-contrat ne mentionne pas explicitement la nature de la somme versée, elle est présumée constituer des arrhes (et non un acompte). Lisez toujours le document avant de signer.

Cette liberté de rétractation connaît toutefois une limite : si une partie se rétracte sans justification alors que les conditions requises pour la conclusion définitive sont réunies, l'autre partie peut choisir de demander l'exécution forcée de la vente plutôt que de se contenter de la pénalité prévue. En pratique, ce recours est rare et coûteux. La plupart des parties préfèrent encaisser (ou perdre) les arrhes plutôt que d'engager une procédure judiciaire.

Arrhes vs acompte : le tableau du point de vue de la rétractation

Le tableau ci-dessous compare arrhes et acompte spécifiquement sous l'angle de la possibilité de se désengager. Pour une analyse symétrique de l'acompte, voir notre article dédié sur l'acompte en immobilier.

CritèreArrhesAcompte
L'acheteur peut-il se rétracter ?Oui, en perdant les arrhesNon sans accord du vendeur (sauf délai légal)
Le vendeur peut-il se rétracter ?Oui, en restituant le doubleNon sans accord de l'acheteur (sauf défaut de réalisation)
La vente est-elle formée à la signature ?Non, c'est une option réciproqueOui, le contrat de vente est conclu
Que devient la somme si la vente se réalise ?S'impute sur le prix finalS'impute sur le prix final
Recours judiciaire possible ?Possible mais peu usitéOui, exécution forcée ou dommages et intérêts
Montant habituelInférieur à 10 % du prixEnviron 10 % du prix

Quel montant pour les arrhes ?

La loi ne fixe pas de plafond légal pour les arrhes en droit commun. L'usage immobilier s'établit généralement entre 5 et 10 % du prix de vente ou du loyer réservé. Plus la somme est élevée, plus la pénalité en cas de rétractation est significative, ce qui renforce l'engagement moral sans bloquer la liberté juridique. Certains vendeurs ou loueurs fixent un montant plus symbolique (quelques centaines d'euros) pour faciliter la réservation sans décourager l'acquéreur potentiel.

Il faut noter que dans le domaine de la location saisonnière, le droit de la consommation encadre davantage les pratiques et prévoit des règles spécifiques sur la restitution des sommes en cas d'annulation. En matière de vente immobilière classique, les arrhes restent un mécanisme contractuel libre, dont les termes exacts doivent figurer dans l'avant-contrat.

Le sort des arrhes si la vente se réalise

Lorsque ni l'acheteur ni le vendeur ne se rétractent et que la vente aboutit, les arrhes s'imputent sur le prix de vente. L'acheteur ne verse pas deux fois la même somme : les arrhes viennent en déduction du montant total à régler lors de la signature de l'acte authentique chez le notaire. Sur ce point, arrhes et acompte fonctionnent de la même façon.

Cette imputation automatique doit être expressément prévue dans l'avant-contrat pour éviter toute contestation. Un avant-contrat bien rédigé mentionne le montant versé à titre d'arrhes, la date de versement, les conditions de rétractation et la règle d'imputation sur le prix final.

Bon à savoir

Dans une vente immobilière assortie d'un compromis classique, la somme versée lors de la signature est le plus souvent qualifiée d'acompte (ou de dépôt de garantie), pas d'arrhes. Les arrhes sont plus fréquentes dans les contrats de réservation de logements neufs ou de locations saisonnières. Si votre avant-contrat ne précise pas la nature du versement, il est présumé constituer des arrhes selon le Code civil.

Arrhes et droit de rétractation légal de l'acheteur

Il ne faut pas confondre le mécanisme des arrhes avec le droit de rétractation légal dont bénéficie tout acheteur non professionnel lors de la signature d'un compromis de vente. Ce droit, prévu par la loi SRU, accorde dix jours à l'acheteur pour se désister sans pénalité et sans avoir à motiver sa décision. Si l'acheteur exerce ce droit légal dans le délai imparti, il récupère intégralement la somme versée, qu'elle ait été qualifiée d'arrhes ou d'acompte : la loi prime sur les stipulations contractuelles.

En dehors de ce délai légal, c'est la qualification contractuelle (arrhes ou acompte) qui détermine les conséquences d'une rétractation. Passé les dix jours, l'acheteur qui se rétracte sans invoquer une condition suspensive (refus de prêt, par exemple) risque de perdre les sommes versées si elles sont qualifiées d'arrhes, ou de faire face à des poursuites judiciaires si elles sont qualifiées d'acompte.

Questions fréquentes

Peut-on verser des arrhes lors d'un compromis de vente classique ?

Oui, si les deux parties en conviennent et que le contrat le mentionne explicitement. En pratique, la grande majorité des compromis de vente immobilière prévoit un dépôt de garantie qualifié d'acompte. Les arrhes restent possibles, mais moins fréquentes dans ce cadre.

Si la vente échoue à cause d'un refus de prêt, les arrhes sont-elles perdues ?

Non. Le refus de prêt bancaire active la condition suspensive d'obtention du crédit prévue dans l'avant-contrat. Dans ce cas, la vente est caduque et l'acheteur récupère l'intégralité des sommes versées, qu'il s'agisse d'arrhes ou d'acompte. La condition suspensive prime sur la logique de rétractation.

Qui perçoit les arrhes entre la signature et la vente définitive ?

Les arrhes peuvent être versées directement au vendeur ou déposées en séquestre chez le notaire ou l'agence immobilière. Le séquestre est la pratique la plus sécurisée pour les deux parties : il garantit que les fonds ne seront ni dépensés prématurément par le vendeur, ni récupérés abusivement par l'acheteur.

Les arrhes sont-elles fiscalement déductibles pour le vendeur ?

Les arrhes conservées par le vendeur suite à une rétractation de l'acheteur constituent un revenu imposable. Elles ne sont pas déductibles en tant que charge pour l'acheteur qui les perd. En revanche, le double restitué par le vendeur constitue une indemnité qui peut, selon les circonstances, être traitée différemment. Un expert-comptable ou un notaire pourra apprécier votre situation précise.

Les arrhes offrent une souplesse contractuelle réelle, au prix d'une pénalité symétrique pour les deux parties. Cette liberté de se rétracter les distingue fondamentalement de l'acompte, qui traduit lui un engagement ferme et définitif dès la signature. Si vous hésitez sur la nature de la somme que l'on vous demande de verser, ou que vous négociez la rédaction d'un avant-contrat, la qualification retenue aura des conséquences concrètes et durables : vérifiez-la soigneusement avant de signer.