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Assurance crédit immobilier : quels risques sont couverts

Publié le 16 septembre 2021 , 8 min de lecture

Contrat d'assurance emprunteur et garanties du crédit immobilier

Souscrire un crédit immobilier implique quasi systématiquement de souscrire une assurance emprunteur en parallèle. La banque ne vous prêtera pas sans elle : ce n'est pas une obligation légale, mais une condition quasi universelle de l'octroi du prêt. Pourtant, beaucoup d'emprunteurs signent sans vraiment savoir ce que leur contrat couvre, ni dans quelles circonstances l'assurance prend réellement le relais. Mauvaise surprise garantie en cas de coup dur.

Passer quelques heures à comprendre les garanties, leurs seuils et leurs exclusions vaut largement le temps investi. C'est d'autant plus vrai que vous avez le droit, depuis plusieurs réformes successives, de ne pas accepter le contrat de groupe proposé par votre banque et de choisir une offre déléguée souvent bien moins chère.

Les garanties obligatoires et facultatives : vue d'ensemble

Un contrat d'assurance emprunteur se compose d'un socle de garanties considérées comme indispensables par la banque pour accorder le prêt, et de garanties optionnelles que vous pouvez ajouter selon votre situation. Le tableau ci-dessous récapitule les principales couvertures et leur caractère obligatoire ou facultatif selon l'usage standard du marché.

GarantieAbréviationCe qui est couvertStatut habituel
DécèsDCRemboursement du capital restant dû en cas de décès de l'emprunteurObligatoire
Perte totale et irréversible d'autonomiePTIAIncapacité définitive à accomplir seul les actes essentiels de la vie courante (se lever, se nourrir, se laver, se déplacer)Obligatoire
Invalidité permanente totaleIPTTaux d'invalidité fonctionnelle ou professionnelle supérieur à 66 %Souvent obligatoire
Invalidité permanente partielleIPPTaux d'invalidité compris entre 33 % et 66 %Facultatif (conseillé)
Incapacité temporaire totale de travailITTArrêt de travail temporaire qui empêche toute activité professionnelleSouvent obligatoire pour l'investissement locatif
Perte d'emploiPEPrise en charge des mensualités en cas de licenciement indemnisableFacultatif

La garantie décès : la base du contrat

La garantie décès est le socle de tout contrat d'assurance emprunteur. En cas de décès de l'assuré, l'assureur rembourse le capital restant dû à la banque, selon la quotité souscrite. Les héritiers sont ainsi protégés : ils n'héritent pas de la dette.

Attention toutefois aux exclusions courantes : le décès par suicide pendant la première année du contrat est généralement exclu, tout comme certains sports extrêmes ou les décès liés à des conflits armés. Au-delà d'un certain âge, souvent 70 ou 75 ans, la garantie décès cesse également. Vérifiez la limite d'âge dans vos conditions générales.

Bon à savoir

La quotité désigne la part du capital assurée sur chaque tête. Pour un emprunt en couple, la somme des quotités doit atteindre au moins 100 %, mais vous pouvez aller jusqu'à 200 % (100 % sur chaque emprunteur) pour une couverture maximale. En cas de décès de l'un des deux, l'autre n'a alors plus rien à rembourser.

PTIA et IPT : les invalidités les plus lourdes

La perte totale et irréversible d'autonomie (PTIA) correspond à l'état le plus grave : l'assuré ne peut plus du tout exercer d'activité professionnelle et doit être assisté d'une tierce personne pour accomplir les actes ordinaires de la vie. En pratique, c'est le niveau d'invalidité reconnu par la Sécurité sociale en troisième catégorie. Lorsque la PTIA est reconnue, l'assureur rembourse le capital restant dû, comme pour le décès.

L'invalidité permanente totale (IPT) est un cran en dessous : l'assuré ne peut plus exercer une activité rémunératrice, mais peut encore accomplir certains actes du quotidien sans aide. Le taux d'invalidité retenu doit généralement dépasser 66 % selon le barème fonctionnel ou professionnel prévu au contrat. La prise en charge couvre le remboursement des mensualités, en totalité ou selon la quotité souscrite.

IPP et ITT : les couvertures du quotidien professionnel

L'invalidité permanente partielle (IPP) s'applique pour un taux d'invalidité compris entre 33 % et 66 %. La prise en charge est alors partielle, proportionnelle au degré d'invalidité. Cette garantie est souvent négligée alors qu'elle correspond à une réalité fréquente : une séquelle d'accident qui réduit durablement la capacité de travail sans la supprimer totalement.

L'incapacité temporaire totale (ITT) couvre les arrêts de travail temporaires dus à maladie ou accident. L'assureur prend en charge les mensualités tant que l'arrêt se poursuit, après un délai de franchise qui varie selon les contrats (souvent 30, 60 ou 90 jours). C'est la garantie la plus mobilisée au quotidien : un arrêt long pour un problème de dos, une intervention chirurgicale, un burn-out peuvent déclencher la prise en charge.

À retenir

Pour l'ITT, deux définitions coexistent sur le marché : l'incapacité à exercer votre profession (définition favorable à l'assuré) ou l'incapacité à exercer toute profession (définition restrictive). La première vous protège mieux si vous avez un métier spécialisé. Comparez ce critère avant de signer.

La garantie perte d'emploi : utile mais limitée

La garantie perte d'emploi (aussi appelée garantie chômage) est facultative et souvent optionnelle même dans les contrats qui la proposent. Elle prend en charge une partie des mensualités en cas de licenciement, à condition que ce licenciement ouvre droit aux allocations chômage versées par France Travail. Les démissions, les fins de CDD et les ruptures conventionnelles sont généralement exclues, ou couvertes sous conditions très spécifiques.

Cette garantie s'adresse aux salariés en CDI, confirmés dans leur poste depuis un délai minimal (souvent six mois à un an). Les travailleurs indépendants, les professions libérales et les gérants majoritaires de société ne peuvent en général pas y souscrire, ou dans des conditions très encadrées. Si elle est souscrite, la prise en charge est souvent plafonnée dans le temps (12 à 24 mois) et dans le montant (50 % à 80 % de la mensualité).

Délégation d'assurance : votre droit de choisir

Depuis la loi Hamon de 2014, puis les réformes qui ont suivi, les emprunteurs peuvent souscrire leur assurance auprès de l'assureur de leur choix, sans passer par le contrat de groupe de la banque prêteuse. La seule condition : les garanties du contrat délégué doivent être équivalentes à celles exigées par la banque, appréciées selon une liste de critères d'équivalence publiée par le CCSF.

Mieux encore : vous pouvez désormais résilier et changer d'assurance à tout moment, sans attendre la date anniversaire, ce que la loi Lemoine de 2022 a généralisé. Cette liberté ouvre des économies substantielles : sur un crédit de 200 000 € à 20 ans, passer d'un contrat de groupe à 0,40 % du capital initial à une délégation à 0,20 % peut représenter plusieurs milliers d'euros d'économie sur la durée du prêt.

Point de vigilance

La loi Lemoine a également supprimé le questionnaire médical pour les prêts dont la part assurée ne dépasse pas 200 000 € par assuré et dont le terme intervient avant le 60e anniversaire de l'emprunteur. Au-delà de ces seuils, le questionnaire de santé reste obligatoire et les risques aggravés sont traités dans le cadre de la convention AERAS.

Comment bien choisir son contrat

Plusieurs critères méritent une attention particulière avant de signer. D'abord, la définition de l'ITT retenue par le contrat, comme évoqué plus haut. Ensuite, le mode de calcul de la prime : certains contrats calculent la cotisation sur le capital initial (prime fixe), d'autres sur le capital restant dû (prime décroissante). La prime décroissante revient globalement moins cher sur la durée, mais les premières années de remboursement seront plus chargées.

Les délais de franchise et les délais de carence méritent aussi d'être comparés : un délai de carence de 12 mois pour la garantie perte d'emploi signifie que vous ne serez couvert qu'après un an de contrat. Enfin, vérifiez les exclusions liées à vos activités sportives ou à votre situation professionnelle, et n'omettez pas de déclarer avec précision votre état de santé, sous peine de nullité de garantie en cas de sinistre.

Pour aller plus loin sur les mécanismes du financement, l'article simulation de prêt immobilier : quels critères ? détaille comment intégrer l'assurance dans le calcul de votre mensualité réelle et de votre taux annuel effectif global.

Questions fréquentes

L'assurance emprunteur est-elle obligatoire ?

Aucun texte de loi ne rend l'assurance emprunteur obligatoire. En pratique, cependant, la totalité des établissements bancaires en font une condition indispensable à l'octroi du prêt immobilier. Refuser d'assurer le crédit revient, dans les faits, à se voir refuser le financement.

Peut-on changer d'assurance après la signature du prêt ?

Oui. Depuis la loi Lemoine de 2022, vous pouvez résilier et substituer votre assurance à tout moment, sans frais, à condition que le nouveau contrat présente des garanties équivalentes à celles exigées par la banque. La banque dispose d'un délai de 10 jours ouvrés pour accepter ou refuser la substitution.

Qu'est-ce que la quotité et comment la choisir à deux ?

La quotité est le pourcentage du capital assuré sur chaque tête. Pour un couple qui emprunte ensemble, la somme des quotités doit atteindre au moins 100 %. Choisir 100 % sur chaque emprunteur assure une protection maximale : en cas de décès de l'un, l'autre n'a plus rien à rembourser. Une quotité de 50 % sur chaque tête divise la prime mais laisse le survivant assumer la moitié du capital restant dû.

La perte d'emploi est-elle toujours couverte ?

Non. La garantie perte d'emploi est facultative et soumise à de nombreuses conditions : être salarié en CDI, avoir dépassé la période d'essai, être licencié pour un motif qui ouvre droit aux allocations France Travail. Les démissions, les fins de CDD et les travailleurs non salariés sont en règle générale exclus du bénéfice de cette garantie.

L'assurance emprunteur ne se résume pas à une ligne de prime sur votre offre de prêt. C'est un contrat à part entière, dont les conditions peuvent varier du simple au double d'un assureur à l'autre. Prendre le temps de le lire, de comparer les garanties réelles et d'exercer votre droit à la délégation est l'un des leviers les plus concrets pour réduire le coût global de votre crédit.